Gallimard

  • « Jamais je n'ai eu autant besoin de connaître l'opinion de mes concitoyennes et concitoyens. Jamais je n'ai eu autant besoin de partager avec eux mes interrogations. Sur les attentats, leurs causes, leurs motivations. Sur les caricatures de Mahomet, aussi, disons-le franchement. »

    L'Innombrable, c'est celui qui ne profite pas de la fameuse liberté d'expression devenue la valeur majeure de la République. C'est celui à qui elle ne s'applique pas. Qui porte un invisible bâillon. Un des noms de ce bâillon est : légitimité. C'est très compliqué, cette question de l'accès à la parole, orale, écrite. De se sentir légitime, ou interdit. Qui la donne, la légitimité ? Et comment vit-on l'illégitimité ? La vraie inégalité est là. Entre ceux qui ont un accès à la parole et ceux qui ne l'ont pas.

  • "Tout le monde aujourd'hui se dit républicain. Mais de quelle république s'agit-il? Pour saisir l'"idéal républicain" dans sa grandeur, mais aussi dans ses contradictions et ses aveuglements, je suis allée l'interroger sur les lieux mêmes où il m'avait été transmis par des parents instituteurs. L'ouest conservateur et clérical de l'Anjou, encore marqué par la guerre de Vendée.
    Comment construire aujourd'hui une république juste, sociale, post-coloniale? Je la vois placée sous le signe de l'églantine rouge, autrefois fleur du 1&ersup; Mai ouvrier, chassée par le muguet sous Vichy."

    Danièle Sallenave.

  • «Il y a ce que disent les Gilets jaunes. Il y a surtout ce qu'ils révèlent. Cette manière de parler d'eux, dans la presse, les médias, les milieux politiques, sur les réseaux sociaux ! Une distance, une condescendance, un mépris.» Danèle Sallenave


    Au miroir du mouvement des Gilets jaunes, l'élite politique, intellectuelle, culturelle a laissé voir son vrai visage. Début janvier 2019, le président promet d'éviter ces «petites phrases» qui risquent d'être mal interprétées, mais il rechute aussitôt. Les médias ne devraient pas, dit-il, donner sur leurs antennes «autant de place à Jojo le Gilet jaune qu'à un ministre».
    Ainsi se révèlent l'étendue et la profondeur de la fracture qui sépare les «élites» des «gens d'en bas». Fracture géographique, économique, politique et sociale. Et surtout fracture culturelle, entre les habitants des grandes villes, et tous les autres.
    La violence et les embardées de langage de quelques-uns ont jeté le discrédit sur les Gilets jaunes. Il ne faudrait pas qu'une élite, assurée de sa légitimité, en tire argument pour occulter la force d'un mouvement qui a fait entendre une exigence de justice et d'égalité, parfois confuse, mais toujours profondément démocratique. Retrouvant ainsi l'inspiration des grands sursauts populaires qui ont marqué notre histoire.

  • "Sibérie en russe c'est "Sibir", du nom d'un petit royaume mongol défait par les Russes après la victoire d'Ivan le Terrible en 1552 sur les tatars de Kazan. Symbole et départ d'une conquête et d'une colonisation de la Sibérie qui durera des siècles. Située en Asie par la géographie, la Sibérie appartient à l'Europe par l'histoire et par la civilisation. L'Europe ne s'arrête pas à l'Oural.

    Comment cela s'est imposé à moi, je le raconte jour après jour, tandis que sous mes yeux s'étire un paysage de forêts, de campagnes désertées, de grands fleuves, de villes géantes, de gares monumentales.
    Le printemps explose sur la trace enfouie des anciens goulags. Et le Transsibérien pousse l'Europe devant lui à travers dix mille kilomètres et neuf fuseaux horaires. "Sibir! Sibir!" chuchotent les roues."

    Danièle Sallenave.

  • « Ne surestimons pas le « goût » moderne et juvénile de la fête : ce n'est qu'une version appauvrie des grands débordements dionysiaques, et des déchaînements transgressifs célébrés par Georges Bataille. Et les événements récents nous ont montré son revers faux et dangereux. Que « le goût de la fête » était l'autre nom et le paravent de l'inconscience. La face aimable d'un monde d'égoïsmes sombrement crispés sur le « moi d'abord et que le reste périsse ». Danièle Sallenave

empty