Daniel Baloup

  • La historiografía tradicional, española y europea, ha considerado la Guerra de Granada (1482-1492) como un hecho de naturaleza y alcance exclusivamente hispánicos. Se trataba del último episodio de un proceso ibérico, la « Reconquista », el enfrentamiento secular entre el Islam y la Cristiandad, consustancial al Medievo peninsular. El nacionalismo romántico del siglo XIX y la dictadura de Franco (1939-1975) lo marcaron a fuego en la identidad nacional española. Sin embargo, en las últimas décadas se han revisado estos postulados, hasta culminar en una revisión radical. Librado el conflicto de la carga ideológica que lastraba su estudio, se ha podido abordar bajo una luz nueva, que tiene un doble marco infinitamente más amplio y complejo. De una parte, las Guerras de Granada - en plural - como manifestación ibérica de lo que en Europa se ha denominado « cruzadas tardías ». De otra, el reordenamiento geopolítico del Mediterráneo, como un tablero de ajedrez, en el que el Islam avanzaba en Levante y retrocedía en Occidente. El presente volumen reúne textos de especialistas europeos que abordan tanto las cruzadas contra el Reino de Granada en el siglo XIV - con participación de borgoñones, escoceses, franceses e ingleses - como la guerra final de conquista en el siglo XV. Se identifican los canales de difusión de noticias, la implicación y diferente repercusión en las cortes renacentistas de la Península Italiana, o el eco atenuado de las hostilidades en el Sacro Imperio Romano-Germánico. Emerge así una imagen insólita, novedosa, de un conflicto de dimensión y alcance internacionales.

  • Étudier le financement et la logistique des croisades revient à s'intéresser aux moyens dont disposent les puissances civiles et ecclésiastiques, au Moyen Âge, pour venir à bout d'une entreprise complexe, qui doit être portée dans la durée et en concertation avec des partenaires qui souvent, sur d'autres terrains, sont concurrents, voire ennemis. D'une certaine manière, parce qu'elle touche à la question des finances royales ou pontificales et à celle des moyens militaires, terrestres et maritimes dont disposent les princes et les cités, la problématique du présent volume n'est pas sans rapport avec celle, ô combien féconde depuis plus d'une trentaine d'années, de la genèse de l'État « moderne ». Mais l'ouvrage en donne un aperçu en grande partie inédit. À travers une série de cas choisis dans toute l'Europe, les auteurs s'attachent à analyser la mise en oeuvre pratique de l'esprit pragmatique et de la pensée administrative qui habitent les entrepreneurs de croisade à la fin du Moyen Âge. Il s'agit d'une réhabilitation : l'historiographie traditionnelle a souvent considéré les croisades tardives comme de simples rêveries passéistes ou comme des leurres destinés à influencer le cours des discussions diplomatiques entre souverains chrétiens. En dépit des tentatives avortées et de quelques sanglants échecs, elles appellent un tout autre jugement et une reconsidération : les contributions réunies ici témoignent des limites mais aussi de l'ambition des opérations déployées, à la fin du Moyen Âge, au nom de la défense de la chrétienté.

  • Fruit d'un colloque international réuni à la Casa de Velázquez (Madrid) du 11 au 13 avril 2005, ce volume propose de lire l'histoire de la guerre sainte de façon moins linéaire que de coutume, en acceptant les ruptures, les discontinuités et les nombreux aménagements qui ont été rendus nécessaires par les usages multiples, contradictoires et parfois concurrents de cette notion. À partir d'un fonds commun de principes surgis à la charnière de l'Antiquité et du Moyen Âge, contenus dans les traditions politiques et religieuses des royaumes chrétiens, l'idée de guerre sainte a été périodiquement ravivée et chaque fois reconstruite à la mesure des besoins de ceux qui la sollicitaient et de leur environnement historique. Elle s'est aussi enrichie. L'appel de Clermont, en 1095, qui suscite la Première croisade et conduit à la conquête de Jérusalem par les Latins ne met pas fin à ce processus. Certes, il devient impossible, à partir du XIIe siècle, d'échapper totalement au modèle de guerre sainte forgé par la papauté, qui, pour l'imposer, dispose d'un contrôle sans précédent sur les mécanismes de sanctification et de pénitence. Cependant, durant tout le Moyen Âge, le référent pontifical qu'est la croisade n'est jamais figé et demeure perméable à tous les aménagements au bénéfice de ceux, rois et princes d'Occident, qui s'en réclament et se l'approprient. En admettant la diversité de la notion de guerre sainte et en croisant les regards portés sur elle, les spécialistes dont les contributions se trouvent ici rassemblées participent de façon importante au renouvellement d'un domaine de recherche qui a été le théâtre, depuis quelques années, de grandes controverses.

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