Colette Ysmal

  • Qui vote ? Pourquoi et comment ? Qui sont les abstentionnistes ? Gagne-t-on une élection en mobilisant les convaincus ou en gagnant les suffrages des indécis ? Quel rôle jouent, dans le choix électoral, la situation sociale, le sexe, l'âge, la religion, le patrimoine ? Est-il vrai que les jeunes sont majoritairement favorables à la gauche ? Les femmes sont-elles sensibles aux mêmes arguments électoraux que les hommes ? Quel est l'impact réel des médias sur les choix des électeurs ? Quelles sont les méthodes d'analyse de la sociologie électorale ?

  • Les élections législatives du printemps 1997 ont été les plus surprenantes de la Cinquime République. Surprise d'un calendrier précipité qui a pris de court électeurs, observateurs et classe politique. Surprise d'un usage trs tactique de la dissolution qui a souffert de ne jamais pouvoir s'affirmer comme tel. Surprise d'une campagne brve mais confuse, qui n'a jamais su trouver des axes forts autour desquels organiser le débat public. Surprise de citoyens peu intéressés par la campagne et ayant en tte des préoccupations (protection sociale, inégalités, éducation, chômage) assez éloignées des auspices sous lesquels l'exécutif sortant avait engagé le fer électoral (construction de l'Europe, modernisation de l'économie). Surprise enfin des résultats : une gauche plurielle allant des communistes aux Verts renaît autour d'un Parti socialiste remis discrtement en ordre de bataille par Lionel Jospin ; une droite classique passe du succs sans précédent de 1993 un déclin électoral lui-mme sans précédent sous la Cinquime République. Laminée au centre par un Parti socialiste porteur de la demande sociale des Français et droite par un Front national réceptacle de tous les malaises politiques et sociaux de la société française, la droite classique, comme l'avait été la gauche dans les années soixante, est aujourd'hui confrontée au problme de sa reconstruction.

  • Les trois premiers volumes des « Chroniques lectorales », consacrs l'analyse des lections des annes 1992, 1993 et 1994 avaient dbouch sur un mme constat : celui d'un assez profond « dsordre lectoral », marqu par une abstention souvent leve, un vote s'loignant de ses bases sociales, partisanes et idologiques, des reclassements subits de l'lectorat et, enfin, une dispersion croissante du vote sur des forces priphriques. Ces caractristiques se confirment avec le vote de 1995 qui est un vrai vote de crise. L'lection de 1995 a mis nu la crise profonde du systme partisan et le dsarroi stratgique des partis, la crise de la reprsentation et la prise de distance avec les partis de gouvernement. Elle a surtout renvoy l'cho politique de la crise sociale, avec son lot de dsillusions, de protestations et d'absence de dsir politique. L'lection prsidentielle a aussi t celle de mutations lectorales avec l'attnuation sensible de la traditionnelle bipolarisation entre gauche et droite, l'apparition de nouveaux clivages entre les gens « d'en haut » et les gens « d'en bas », et la volatilit qui a affect tous les lectorats et faonn une victoire, certes ample pour Jacques Chirac, mais aussi fragile parce que labile.

  • Aprs Le vote clat et Le vote sanction, consacrs l'tude des lections rgionales de 1992 et des lections lgislatives de 1993, cet ouvrage sur les lections europennes de juin 1994 abandonne le seul cadre national pour prsenter un panorama des forces politiques dans les douze pays de l'Union europenne. En dpit des systmes de partis nationaux qui restent loigns les uns des autres, des tendances europennes se dgagent : la continuation du dclin des partis communistes, les difficults du socialisme dmocratique, le divorce cologique entre l'Europe du Nord et celle du Sud. la diversification des droites modres et l'enracinement d'une extrme droite postindustrielle. Mme si les lections europennes restent avant tout des lections nationales, des attitudes communes traversent l'ensemble des lectorats.
    La crise de confiance vis--vis de la politique, l'rosion du consensus mou sur l'Europe, la cristallisation d'une Europe « privilge des privilgis » sont autant de courants d'opinion transnationaux. Sur cette toile de fond europenne, l'lection du 12 juin permet de dgager, dans le cadre franais, les linaments de la prochaine chance prsidentielle : la dispersion des lectorats, la position majoritaire des droites et l'ampleur de dstructuration du ple socialiste.
    Ont contribu cet ouvrage : Daniel Boy, Pierre Brchon, Bruno Cautrs, Roland Cayrol, Jean-Daniel Chaussier, Jean Chiche, Bernard Denni, Jacques Gerstl, Grard Grunberg, Piero Ignazi, Henri Labayle, Marc Lazar, Pascal Perrineau, Hugues Portelli, Agns Roche, Colette Ysmal.

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