Claude Nicolet

  • Ce n'est pas tant sur la classe politique qu'a reposé la grandeur de Rome, cette oligarchie de sénateurs et de magistrats auxquels se sont surtout intéressés les historiens, mais sur l'adhésion morale de la masse civique, légionnaires et contribuables, émigrants, négociants et colons qui ont romanisé le monde. L'entreprise ici tentée par Claude Nicolet est toute neuve : par une relecture attentive de tous les textes historiques, littéraires, épigraphiques, juridiques, ainsi qu'une annalyse savante du décor monumental et du cadre topographique, essayer de faire revivre le contenu quotidien de la citoyenneté romaine aux deux derniers siècles de la République.

  • De décembre 134 à juin ou juillet 133 av. J.-C., dans la fièvre des partisans de Tibérius Gracchus, tribun de la plèbe en lutte contre le Sénat et les riches, dans la haine des nantis qui allaient les massacrer, les pourchasser, les juger, les condamner, un mythe s'effondre - celui de la sagesse et de l'équilibre du gouvernement de la République. Mais aussi celui de la solidarité profonde des Romains qui avait permis de triompher d'Hannibal. Ils se brisent sur la question sociale.
    La crise agraire qui couvait depuis les conquêtes a enfin éclaté. Elle va durer un siècle.
    Les contemporains ne s'y sont pas trompés, qui dès le départ ont le sentiment d'une rupture, d'une révolution : Rome pour toujours a changé.

  • Il était temps qu'un historien, bien connu pour son attachement aux Républiques tant au passé que dans la France contemporaine, se demande si, en français, le mot République a un sens, et lequel.
    Ce livre ne se limite pas à un historique de l'idée républicaine depuis ses origines jusqu'à la grande synthèse idéologique de la Troisième République, en passant par le creuset révolutionnaire, l'oeuvre des Idéologues, les élaborations théoriques du XIXe et la Constitution de 1875. Il est aussi et surtout, sur la base d'une lecture attentive des oeuvres aujourd'hui oubliées des ténors et des Pères fondateurs, des sociologues et des juristes, des historiens et des pédagogues, une histoire critique de la raison républicaine, une enquête sur les fondements de l'ordre républicain : fondements du lien social (le contrat, la Déclaration des droits, le Code civil) ; fondements du lien politique (avec les notions de souveraineté, de représentation, de laïcité). Et plus largement encore, conditions sociales et intellectuelles de la morale et même de la science républicaines.

  • Les Romains eux-mêmes écrivaient l'histoire consulat par consulat, mais cette approche ne conviendrait pas à une conquête qui fut polymorphe en raison des différences géographiques ainsi que des stratégies, de l'organisation politique et de l'état socio-économique des vaincus. Conquête mise à part, qu'y eut-il de commun entre les âpres guerres puniques, la longue soumission des Ibères, la rapide destruction des Grecs et la guerre des Gaules ? Certains furent menaçants, d'autres résistèrent longtemps dans leur pays sans jamais menacer l'imperium, d'autres encore étaient profondément divisés entre eux au point parfois de préférer l'envahisseur à leur voisin. Rome les a certes tous vaincus, mais jamais de la même manière, ne serait-ce qu'en raison de leurs différentes façons de combattre. Ce second tome adopte par conséquent une démarche thématique, vaincu par vaincu plutôt que consul par consul. L'approche polycentriste ne réduit pas les peuples à leur rôle d'adversaire temporaire de Rome, mais en dégage les caractérisques essentielles, les forces et les faiblesses, le génie propre à chacun d'eux. L'analyse de Carthage est à cet égard la plus éclairante, parce qu'elle ne se réduit pas à la reprise des commentaires, nécessairement biaisés par l'ignorance et l'hostilité, des nombreux écrivains grecs et latins. Elle remet en question de nombreux préjugés et s'appuie notamment sur les découvertes récentes des sémitisants pour expliquer les institutions carthaginoises et réfuter nombre de lieux communs tels que l'origine essentiellement commerciale de la richesse punique ou le manque de pugnacité des Puniques accoutumés à recourir au mercenariat par peur d'exposer leur propre sang. L'analyse de Carthage, la puissance la plus dangereuse pour Rome et par beaucoup d'aspects le plus original de ses adversaires, est érigée en méthode pour le reste de l'ouvrage, tant il s'agit sans doute du chapitre le plus précieux de tous. Les modalités d'exploitation varient en outre en fonction des pays conquis, et si la politique de la praeda reste la norme s'esquissent dès cette époque des tentatives d'organisation durable des espaces et des peuple conquis sur un autre mode que la fides, dont les Etoliens demandaient au Sénat en quoi elle était différente de l'esclavage. L'histoire de la conquête est aussi celle de l'apprentissage de l'exercice de la domination, qui ne saurait se réduire aux formes traditionnelles de relation avec l'hostis issues de la plus haute Antiquité.
    (P. Prigent)


  • Rome est une cité qui a conquis un empire, en établissant d'abord son hégémonie sur l'Italie, dont les peuples lui ont fourni hommes et ressources. Cet ouvrage étudie les structures de l'Italie romaine (la terre et les hommes, les productions, les échanges, les finances, l'armée, les institutions), puis les évolutions et dérèglements qui entraînèrent la fin de la « libre République » et conduisirent au pouvoir d'un seul homme.

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    Le premier tome envisage les ressources et les hommes de la conquête, ainsi que les structures qui unissent Rome et ses alliés, d'une part, les Romains entre eux, d'autre part. Si le commentaire des auteurs anciens forme le coeur des chapitres consacrés aux institutions, à la vie politique et aux structures sociales, ce premier tome débute par une reconstitution de l'état démographique et économique de la péninsule, qui joua un rôle essentiel dans la conquête. Si la constantia et la virtus romaines expliquent en partie les succès militaires et la résistance à l'adversité, ce livre rappelle à propos que les Pères pouvaient compter sur une immense réserve d'hommes et de ressources, ce qui vient éclairer les nombreux moments où la cité surmonta des épreuves qui en auraient condamné une autre, des désastres subis face à Hannibal jusqu'aux guerres civiles menées sans jamais ouvrir une brèche aux envahisseurs étrangers. Si le second tome insiste sur le rôle des dirigeants romains et la présentation de leurs adversaires, ce premier tome s'attache à la constitution de la cité romaine, au sens le plus large et pas seulement juridique. Alors que la plupart des cités et des Etats que combattit Rome s'abîmaient dans la stasis - à l'exception significative de Carthage -, la cité romaine, si elle compta quelques personnages d'exception, est dans ce tome envisagée davantage comme un ensemble. Le rôle des individus dans la conquête n'est certes pas négligeable, mais il convient d'abord, ne serait-ce que pour évaluer exactement le rôle des individus, d'examiner les fondements de la puissance romaine, ses ressources, ses institutions et la façon dont elle sut poursuivre, au prix de solutions de plus en plus violentes à mesure que l'accroissement de l'Empire et du rôle du peuple attisait la compétition aristocratique, la conquête du monde méditerranéen. Voltaire écrivait dans les Lettres anglaises que les nobles Romains tournaient l'agressivité de la plèbe vers l'étranger de peur que, laissée oisive, elle ne s'en prît à ses maîtres pour revendiquer sa liberté. Ce premier tome est l'histoire de ce conflit interne.
    (P. Prigent)


  • Les résultats de recherches menées sur les moyens d'améliorer la sûreté de réaction et de décision des responsables du fonctionnement des systèmes hommes-machines, principalement dans les industries à haut risque.

  • « Éclairer la politique par l'histoire : telle est l'ambition de cet ouvrage. Au centre de ces textes : la République, qui est encore notre loi fondamentale, bien qu'elle soit attaquée de l'intérieur comme de l'extérieur. Un but : remonter aux origines de la République en France, et surtout, derrière le brouillard des mots, des formes juridiques ou des lyrismes médiatiques, identifier les principes qui la fondent et les imperfections ou les dérives que l'histoire lui a imposées. » C. N. Membre de l'Institut, Claude Nicolet est professeur honoraire à la Sorbonne et à l'École pratique des hautes études et ancien directeur de l'École française de Rome.

  • Sur la scène politique, la nation est devenue à nouveau un enjeu politique majeur. Pour les uns, et pas seulement à l'extrême droite, celle-ci serait gravement menacée par le rôle croissant des ensembles supranationaux et le « multiculturalisme ». Pour d'autres, face à cette vision « nationaliste » de la nation, il importe d'en restaurer une vision « humaniste », soucieuse de concilier ouverture et culture. Pour cela, quelle meilleure voie que de revisiter les multiples apports qui, au fil de l'histoire, ont peu à peu constitué et enrichi le patrimoine commun des Français ? C'est dans cette perspective que la Ligue de l'enseignement a demandé à des intellectuels éminents de présenter, à l'intention d'un large public, les grands héritages historiques qui ont contribué à forger l'imaginaire républicain. Que nous reste-t-il de la culture gréco-latine, si présente aux siècles classiques de notre histoire (Claude Nicolet) ? Quel a été l'apport des religions, notamment chrétienne, et qu'en subsiste-t-il dans la culture de la plupart des Français (Emile Poulat) ? Quelle est aujourd'hui la trace laissée par le mouvement des sciences, si important depuis deux siècles (Dominique Lecourt) ? Et que retrouve-t-on, dans la vie des Français actuels, des deux siècles de combats culturels, politiques et sociaux qui viennent de s'écouler (Michelle Perrot) ? Aux réponses apportées par ces historiens et philosophes, Paul Ricoeur apporte un utile complément en s'interrogeant sur la diversité constitutive de la France et sur le dialogue entre les cultures. Ce bref essai propose ainsi de précieux axes de réflexion à tous ceux qui ont le souci, en interrogeant l'histoire de la culture politique française, de maintenir une certaine idée de la nation contre le nationalisme.

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