Christine Rivalan Guégo

  • En 1937, une Espagne coupée en deux subissait les effets d'un conflit qui s'annonçait long et cruel. De nombreux enfants connurent la séparation d'avec leurs familles, ainsi que la mort d'êtres aimés. Ils furent victimes et témoins de la violence et de la vengeance qui se déchaînèrent à leurs portes ; ils durent subir le manque de nourriture, l'insalubrité et la maladie et ils éprouvèrent les effets des bombardements... D'autres encore durent fuir. Entre 30 000 et 50 000 enfants participèrent au premier exil du peuple espagnol dans les pays qui les accueillirent pour les mettre à l'abri de la guerre. C'est en France, en Angleterre, en Belgique, au Mexique ou en Russie que ces enfants espagnols évacués trouvèrent un nouveau foyer. En raison de ce qu'elle représentait en ces temps de lutte idéologique acharnée entre fascisme et communisme, la Russie suscita à la fois l'admiration et de violentes critiques. Elle enflamma les consciences et secoua les coeurs. Presque quatre-vingts ans plus tard, ce livre reconstruit l'histoire de ces enfants, de ceux qui sont restés en Espagne mais plus particulièrement de ceux qui durent tout abandonner pour survivre et qui ne sont jamais revenus. L'ouvrage s'appuie sur des lettres, des journaux intimes, des cahiers, des rédactions et des dessins que ces enfants ont alors écrits ou composés, d'une écriture ou d'un geste tremblants et maladroits. Ce sont des témoignages impressionnants de cette époque convulsée qui garde à jamais la trace d'une histoire faite de rencontres et de séparations, de passions et de répressions, d'espérances et de souffrances et où, au-delà du bien et du mal et des clivages idéologiques des deux camps en présence, perdure le souvenir de ces enfants dont le seul désir aura été de vivre en paix et de récupérer cette enfance que la guerre leur avait volée.

  • Élément fondateur de l'historiographie méthodique, l'événement avait déjà perdu son statut privilégié lorsque l'histoire des Annales promut une histoire davantage inscrite dans la longue durée et ouverte aux sciences sociales. C'est en 1974 que Pierre Nora parla du « retour de l'événement », dont Paul Ricoeur fit cependant observer que ce « n'était pas exactement celui qui a été repoussé dans les marges de l'histoire par la génération précédente. » L'événement revenait comme « le troisième terme de la triade : structure, conjoncture, événemen ». Désormais, l'historien François Dosse parle de sa « renaissance », soulignant la « relation tout à fait essentielle entre langage et événement qui est aujourd'hui largement prise en compte et problématisée par les courants de l'ethnométhodologie, de l'interactionnisme et, bien sûr, par l'approche herméneutique. » Après avoir tenté de cerner la notion d'événement en la confrontant à d'autres (en particulier au fait divers) pour en analyser le rendement dans des domaines variés (littérature, encyclopédie, iconographie, documents historiques) et dans un espace principalement ibérique, c'est à ses traces - ou à ses échos - que se sont intéressés les auteurs de cet ouvrage collectif. Les travaux de chercheurs de différents domaines des sciences humaines et sociales ont ainsi alimenté la réflexion.

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