La découverte

  • L'humanité a toujours su cultiver l'art de raconter des histoires, un art au coeur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux États-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l'appellation anodine de " storytelling ". Derrière les campagnes publicitaires, dans l'ombre des campagnes électorales victorieuses, se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens.C'est cet incroyable hold-up sur l'imagination que révèle Christian Salmon, au terme d'une longue enquête consacrée aux applications toujours plus nombreuses du storytelling : le marketing s'appuie plus sur l'histoire des marques que sur leur image, les managers racontent des histoires pour motiver les salariés, les militaires en Irak s'entraînent sur des jeux vidéo conçus à Hollywood et les spin doctors construisent la vie politique comme un récit... Christian Salmon dévoile ici les rouages d'une " machine à raconter " qui remplace le raisonnement rationnel, bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes de la société totalitaire.

  • Yakov Blumkine prétendait avoir eu neuf vies et fut notamment l'assassin de l'ambassadeur d'Allemagne, un poète proche de l'avant-garde, le secrétaire de Trotski et un atout stratégique essentiel en diverses occasions et latitudes. Suivre au plus près les déplacements de cette figure historique, décisive mais fantomatique, exigeait une nouvelle forme de récit. Initié il y a plus de trente ans, Le Projet Blumkine propose un voyage insolite sur les pas d'une légende oubliée de la révolution russe.
    Il y a plus de trente ans, Christian Salmon renonçait au projet d'écrire la vie d'une légende oubliée de la Révolution russe : Iakov Blumkine, terroriste, tchékiste, poète, stratège militaire, agent secret, exécuté à l'âge de vingt-neuf ans sur ordre de Staline.
    Les années ont passé jusqu'à ce que l'auteur découvre à l'occasion d'un déménagement une malle contenant les archives du " projet Blumkine " : des manuscrits, des documents, de rares photographies, et des souvenirs personnels.
    Il décide alors de reprendre le " projet Blumkine " et propose ici un récit biographique inclassable, à l'image de ce personnage pris dans les reflets de sa légende : l'enfant romantique d'Odessa, l'assassin de l'ambassadeur d'Allemagne en 1918, le poète qui fréquente Isadora Duncan et l'avant-garde artistique du début des années 1920, le guerrier et le stratège qui reconquièrent la Mongolie, l'agent du NKVD en Palestine, le secrétaire de Trotski... L'auteur entreprend un voyage sur les pas de ce jeune homme qui prétendait avoir eu neuf vies et qui avait tout " d'un amant authentique de la poésie et d'un tueur-né ". Un voyage qui le mène d'Odessa à Moscou, d'Istanbul jusqu'aux plateaux du Tibet...
    Mais les événements se télescopent : la vie du héros rencontre celle de l'auteur, l'Histoire percute les soubresauts du présent. Le " projet Blumkine " change alors de nature, il déborde de son cadre, la chronologie est pulvérisée, le biographe est à la peine. Un autre voyage commence...

  • Kate Moss la " brindille " personnifie les idéaux-types du néo-management des années 1990, promoteur dans les entreprises de la " mobilité " et de l'" adaptabilité ", figure d'un nouveau sujet, incertain, précaire, flexible et même " liquide ", qui incarne à la fois la fin d'un monde et l'aube d'une ère nouvelle.
    Après Storytelling, la machine à raconter des histoires et à formater les esprits, Christian Salmon poursuit ici son enquête sur le " nouvel ordre narratif " en interrogeant la figure énigmatique de Kate Moss, mannequin célèbre dans le monde entier et nouveau mythe " trash " à l'âge d'Internet... Avec le corps maigre et mobile de Kate Moss, c'est une nouvelle figure qui apparaît au tournant du XXIe siècle, celle d'un sujet idéal, adaptable en toutes circonstances, capable de se réinventer sans cesse à travers la mise en scène et la narration de soi.Que nous dit cet idéal " mossien " ? Qu'il nous faut devenir stratèges de nous-mêmes, des sujets aguerris capables de faire un usage intensif de nos compétences et de nos affects, dans le but de donner la meilleure image possible. Qu'il n'y a pas d'autre rapport à soi que ce travail de mise en valeur, assisté par toutes sortes d'experts du développement personnel. Que les individus n'ont plus le choix qu'entre une vie échangeable et donc stylisée, relookée et coachée, et une vie non stylisée mais qui ne vaut rien et dont personne ne veut. Dans cette logique exclusive, nous sommes tous des mannequins anglais...

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