La découverte

  • Depuis qu'elle existe, l'humanité a su cultiver l'art de raconter des histoires. Un art au coeur du lien social dans toutes les cultures. Mais qui a été récemment investi, aux États-Unis puis en Europe, par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l'appellation anodine de " storytelling ". Beaucoup l'ignorent : ce qui n'était au départ qu'un simple dispositif de techniques narratives enseignées dans les universités américaines aux apprentis écrivains ou scénaristes a été récupéré, depuis les années 1990, par les " gourous " du marketing, du management et de la communication politique, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. Derrière les campagnes publicitaires, les séries télévisées et les livres à succès, mais aussi dans l'ombre des campagnes électorales victorieuses, de Bush à Sarkozy, se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling.
    C'est cet incroyable hold-up sur l'imagination des humains que révèle Christian Salmon dans ce livre, au terme d'une longue enquête. Il explique les applications toujours plus nombreuses du storytelling : le marketing ne s'appuie plus sur l'image des marques mais sur leur histoire, les managers doivent raconter des histoires pour motiver les salariés, les militaires en Irak s'entraînent sur des jeux vidéos conçus à Hollywood et les spins doctor construisent des campagnes électorales comme le déroulement d'un récit.
    Les histoires ont un tel pouvoir de séduction qu'elles en viennent à se substituer au raisonnement rationnel, tant leur usage " communicationnel " se systématise. Christian Salmon dévoile ici les rouages d'une " machine à raconter " bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes de la société totalitaire. Il décrit la naissance d'un nouveau pouvoir lié au détournement des techniques de narration qui vont bien au-delà de la création d'une novlangue médiatique engluant la pensée. Le sujet que veut formater cet ordre nouveau du récit est un individu envoûté, immergé dans un univers fictif qui filtre les perceptions, stimule les affects, encadre les comportements et les idées...
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la 2e édition de 2008)

  • Yakov Blumkine prétendait avoir eu neuf vies et fut notamment l'assassin de l'ambassadeur d'Allemagne, un poète proche de l'avant-garde, le secrétaire de Trotski et un atout stratégique essentiel en diverses occasions et latitudes. Suivre au plus près les déplacements de cette figure historique, décisive mais fantomatique, exigeait une nouvelle forme de récit. Initié il y a plus de trente ans, Le Projet Blumkine propose un voyage insolite sur les pas d'une légende oubliée de la révolution russe.
    Il y a plus de trente ans, Christian Salmon renonçait au projet d'écrire la vie d'une légende oubliée de la Révolution russe : Iakov Blumkine, terroriste, tchékiste, poète, stratège militaire, agent secret, exécuté à l'âge de vingt-neuf ans sur ordre de Staline.
    Les années ont passé jusqu'à ce que l'auteur découvre à l'occasion d'un déménagement une malle contenant les archives du " projet Blumkine " : des manuscrits, des documents, de rares photographies, et des souvenirs personnels.
    Il décide alors de reprendre le " projet Blumkine " et propose ici un récit biographique inclassable, à l'image de ce personnage pris dans les reflets de sa légende : l'enfant romantique d'Odessa, l'assassin de l'ambassadeur d'Allemagne en 1918, le poète qui fréquente Isadora Duncan et l'avant-garde artistique du début des années 1920, le guerrier et le stratège qui reconquièrent la Mongolie, l'agent du NKVD en Palestine, le secrétaire de Trotski... L'auteur entreprend un voyage sur les pas de ce jeune homme qui prétendait avoir eu neuf vies et qui avait tout " d'un amant authentique de la poésie et d'un tueur-né ". Un voyage qui le mène d'Odessa à Moscou, d'Istanbul jusqu'aux plateaux du Tibet...
    Mais les événements se télescopent : la vie du héros rencontre celle de l'auteur, l'Histoire percute les soubresauts du présent. Le " projet Blumkine " change alors de nature, il déborde de son cadre, la chronologie est pulvérisée, le biographe est à la peine. Un autre voyage commence...

  • Kate Moss la « brindille » personnifie les idéaux-types du néo-management des années 1990, promoteur dans les entreprises de la « mobilité » et de l'« adaptabilité », figure d'un nouveau sujet, incertain, précaire, flexible et même « liquide », qui incarne à la fois la fin d'un monde et l'aube d'une ère nouvelle.0500 Que nous dit cet idéal « mossien » ? Qu'il nous faut devenir stratèges de nous-mêmes, des sujets aguerris capables de faire un usage intensif de nos compétences et de nos affects, dans le but de donner la meilleure image possible. Qu'il n'y a pas d'autre rapport à soi que ce travail de mise en valeur, assisté par toutes sortes d'experts du développement personnel. Que les individus n'ont plus le choix qu'entre une vie échangeable et donc stylisée, relookée et coachée, et une vie non stylisée mais qui ne vaut rien et dont personne ne veut. Dans cette logique exclusive, nous sommes tous des mannequins anglais...0300 Il s´intéresse bien sûr à la façon dont a été construite la légende de Kate Moss,success storyd´une adolescente anglaise d´origine modeste qui va devenir l´un des mannequins les mieux payés au monde : des rencontres légendaires avec Fidel Castro ou Nelson Mandela aux polémiques sur son anorexie supposée ; du saccage des suites d´hôtels de luxe avec Johnny Depp aux images volées de prises de drogues avec Pete Doherty ; des soirées interminables à boire avec les copines mannequins jusqu´à ces fêtes orgiastiques, rapportées ou rêvées par les tabloïds, où on la décrit en prêtresse païenne et défoncée... Mais surtout, Christian Salmon montre en quoi cette saga est celle de l´émergence d´un mythe collectif à l´ère du néolibéralisme triomphant : Kate Moss la « brindille » personnifie la flexibilité, le nomadisme et le transformisme, précisément les idéaux-types du néo-management des années 1990, promoteur dans les entreprises de la « mobilité » et de l´« adaptabilité ». Une révolution culturelle aussi, qui substitue à l´ordre esthétique ancien (est beau tout ce qui dure) un idéal nouveau (est beau tout ce qui change). À travers le corps maigre et mobile de Kate Moss, se construit ainsi la figure d´un nouveau sujet, incertain, précaire, flexible et même « liquide », qui se déploie du début des années 1990 jusqu´à la crise actuelle. En ce sens, elle incarne à la fois la fin d´un monde et l´aube d´une ère nouvelle.0300Comment Kate Moss est-elle devenue une véritable star dont le monde entier imite le look ? C´est à cette question - moins innocente qu´il n´y paraît - qu´entend répondre Christian Salmon dans ce livre original. Il s´intéresse bien sûr à la success story de cette anglaise d´origine modeste... Mais surtout, il développe l'idée de l´émergence d´un mythe collectif à l´ère du néolibéralisme triomphant : Kate Moss personnifie la flexibilité, le nomadisme et le transformisme, précisément les idéaux-types du néo-management des années 1990. À travers le corps maigre et mobile de Kate Moss, se construit ainsi la figure d´un nouveau sujet, incertain, précaire, flexible et même « liquide », qui se déploie du début des années 1990 jusqu´à la crise actuelle. En ce sens, elle incarne à la fois la fin d´un monde et l´aube d´une ère nouvelle.0400 Icône, muse ou mythe ?  Manager et Cendrillon  Écritures légendaires 9 « Une vamp, pas un vampire » 1. « Une fleur bleue au pays de la technique » Une beauté imparfaite Enquête sur Kate Le troisième été de l´amour Anekdiegesis : l´expérience sans récit La situation de l´impasse narrative La « Bible du cool » Le mixage des décennies Dirty realism  Corps de fables, récits incorporés Une beauté caméléon Un bouddhisme d´open space « British invasion » La « conscience mode » des banlieues « What is the story ? » Le symbole de la « modernité liquide » « Parce que je le vaux bien » 3. Le sauvage au coeur Au bonheur des héroïnomanes Une mode sans histoire Le roman de la mode Dans l´oeil du cyclone Comment l´industrie de la mode a tué l´enfant des rues Robinsonnades et téléréalité « La république démocratique du look » L´idéal de l´individu fashionable La Passion selon Kate M

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