Brigitte Maillard

  • L'université de Tours est heureuse d'offrir un volume de « Mélanges » à Robert Sauzet, un de ses plus ancien membres, au moment où il prend sa retraite ; elle reconnaît ainsi le rôle qu'il a joué dans son développement et dans l'affirmation de son rayonnement. Enseignement, administration et recherche n'ont jamais été pour Robert Sauzet des « frères ennemis » et malgré des tâches d'administration de plus en plus prenantes à la direction du Département d'histoire puis du Centre d'Etudes Supérieures de la Renaissance, il a communiqué son enthousiasme pour l'histoire à de nombreuses générations d'étudiants et il a pris une large part au développement de la recherche en histoire religieuse et au renouvellement de ses méthodes, en France et en Europe. Sans se laisser arrêter par des « frontières », ses collègues français et étrangers, ses anciens étudiants, ses élèves ont désiré rendre hommage au chercheur, au professeur, à l'ami. Ce volume de « Mélanges » présente des études qu'ils ont voulues à l'image de Robert Sauzet. Elles sont regroupées autour de quatre thèmes : de l'Occitanie, terre des ancêtres, à la Touraine, terre d'adoption ; les clercs : vie matérielle et spiritualité ; les fidèles : sensibilité et pratiques religieuses ; amitié et fidélité.

  • Son passé prestigieux et sa richesse monumentale font de la Touraine ancienne l'une des provinces françaises les plus connues. Mais que sait-on d'elle quand, aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle n'est plus qu'une province comme d'autres, à la fois proche et éloignée de Paris ? Au XVIIIe siècle son économie est fondée sur l'agriculture et dans leur grande majorité les Tourangeaux sont des paysans. Les structures foncières y restent traditionnelles : la noblesse domine la seigneurie, peu agressive mais bien vivante ; les citadins laïques et le clergé possèdent une grande partie du sol, la petite et moyenne exploitation y règne. À l'instar de la France, la Touraine est « diversité ». À l'image de ses paysages ruraux tout en nuances, marqués par l'omniprésence des arbres et de la vigne, la province présente une palette étendue d'activités agricoles. Si les formes les plus traditionnelles de la céréaliculture occupent de vastes surfaces, il faut porter attention aux zones de culture intensive, comme les « varennes » ou le Chinonais qui n'ignore aucune des plantes venues d'ailleurs et qui fait une large place à l'élevage. La vallée de la Loire concentre une grande partie du vignoble ; elle est aussi un axe de communication majeur mais elle sert peu la province qui ne développe pas, au XVIIIe siècle, de productions d'exportation ou de viticulture de qualité, pour profiter de ses relations avec Nantes et l'Atlantique. Les contemporains dénoncent facilement la léthargie des habitants qui sont pourtant capables de brusques révoltes quand ils craignent la disette ; il faut sans doute voir dans cet apparent immobilisme la défense d'un équilibre fragile. Or les mauvaises années de la fin de l'Ancien Régime voient un retour en force des épidémies et la multiplication des pénuries et des chertés que prouve l'étude des mercuriales.

  • Le présent ouvrage rassemble une grande partie des articles et communications que Brigitte Maillard a écrits tout au long de sa carrière d'enseignante et de chercheur. Ils constituent à la fois un itinéraire de recherche et l'exploration minutieuse d'une région : la Touraine des xviie et xviiie siècles. Tous les grands chantiers qu'a ouverts l'histoire universitaire depuis les années soixante y sont abordés à travers le prisme de l'analyse régionale, qu'il s'agisse de la démographie et de ses prolongements culturels, de l'histoire sociale classique ou de celle des femmes, de l'étude de la société rurale ou de celle de la ville. On trouvera dans cet ouvrage à la fois l'évocation des premiers travaux de la démographie historique - la naissance, la mort, l'illégitimité - mais aussi l'histoire de la famille et des désordres conjugaux, celle de la rumeur et des enlèvements d'enfants... La question de l'encadrement social y est abordée par plusieurs angles : les visites pastorales, la création de paroisses, l'impôt royal ou la justice seigneuriale. Les lecteurs des Campagnes de Touraine y retrouveront vignerons, journaliers et laboureurs, mais ils y découvriront aussi les villes de cette région à travers l'histoire des émeutes de subsistance, celle de l'industrialisation, de la médicalisation, du crédit et de la circulation de l'argent. L'ensemble constitue un ouvrage d'une grande unité qui devrait satisfaire autant les historiens de la France d'Ancien Régime que les amateurs tourangeaux d'histoire régionale.

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