Brenda Dunn-Lardeau

  • Ce catalogue présente les notices des 65 titres de la collection d'imprimés des XVe et XVIe siècles de l'Université du Québec à Montréal, suivies d'un copieux dossier iconographique composé, selon les cas, des pages de titre, des marques d'imprimeur ou d'autres éléments visuels d'intérêt. Chacun de ces livres illustre, à sa façon, les débuts et les progrès de l'imprimerie, de la typographie et des gravures.

  • Le Québec possède un trésor méconnu: un ensemble de 24 livres d'Heures augmentés de 50 pièces connexes (feuillets de livres démembrés, enluminures découpées, etc.) et répartis dans les fonds anciens de divers musées, bibliothèques et archives de la province.

    Les livres d'Heures, ces ouvrages de dévotion privée nés au XIIIe siècle, ont été en Europe les plus populaires des livres de piété destinés aux laïcs. Véritables best-sellers jusqu'au XVIe siècle, ces oeuvres ont traversé la res christiana en se moulant aux variantes régionales de cultes, de langues et de styles artistiques. Les plus anciennes nous sont parvenues au temps de la Nouvelle-France. À partir du XIXe siècle, le Moyen Âge et la Renaissance ont fortement intéressé des connaisseurs éclairés qui ont créé des collections substantielles d'ouvrages de ces périodes au Québec. Les années 1920 ont même vu un début de projet de musée du livre à l'Université McGill qui a influencé la politique d'achat des livres anciens de la bibliothèque de cette université.

    Ce catalogue raisonné dévoile ce précieux patrimoine européen, couvrant la période allant de 1225 à 1583 et conservé en Amérique du Nord. Les livres d'Heures, presque tous manuscrits, sont remarquables par leur diversité textuelle et iconographique. Une attention particulière est portée à leur histoire complexe et à l'identification des artistes responsables des enluminures, car ces miniatures élèvent les livres d'Heures au rang d'oeuvres d'art uniques et de grande qualité.

  • La fin du Moyen Âge et l'Ancien Régime voient fleurir les éloges de femmes dans les formes les plus variées : blasons du corps féminin, chants royaux à la Vierge, célébrations de Grisélidis ou de Jeanne d'Arc, panégyriques de reines, de princesses ou de grandes dames, tombeaux poétiques et autres pièces de circonstance, poésie d'inspiration pétrarquiste et néo-platonicienne, répertoires de femmes illustres et déclamations défendant la supériorité du sexe féminin constituent autant de variations du troisième genre oratoire identifié par Aristote, l'éloquence épidictique, qui vise à louer la vertu et à blâmer le vice[1]. De toutes ces formes, les éloges collectifs, situés à la croisée de la littérature, de la philosophie morale et de l'histoire, connaissent un destin particulièrement faste. L'expression « éloge collectif », qui n'appartient pas au vocabulaire de l'époque, mais qui permet de souligner un intérêt commun - tout à fait conforme à la sensibilité pré-moderne - pour le collectif[2], est utilisée dans ce numéro pour regrouper deux types de textes : les recueils de femmes illustres et les apologies du sexe féminin. S'inscrivant dans une tradition de récits de vies remontant à Plutarque et à Pétrarque, Boccace est le premier à consacrer un ouvrage à des figures féminines exclusivement dans son De mulieribus claris, que reprendront ensuite Christine de Pizan, dans La cité des dames (1404-1405), et de nombreux ouvrages, souvent caractérisés par une métaphore architecturale tels ces Nef des dames vertueuses (Symphorien Champier, 1503), Palais des nobles dames (Jehan Du Pré, 1534), Fort inexpugnable de l'honneur du sexe féminin (François de Billon, 1555) et autres Galleries ornées de portraits gravés, particulièrement appréciées au xviie siècle[3]. Ces compendia de femmes renommées pour leurs qualités exceptionnelles (et parfois leurs non moins retentissants défauts) réunissent des modèles (et des contre-modèles) de comportement. Les apologies du sexe féminin, quant à elles, ont recours à une gamme variée d'arguments - l'exemple, certes, mais également l'autorité et la preuve logique - réunissant une matière issue de tous les champs du savoir. Elles sont empreintes des habitudes cognitives et argumentatives de la dispute médiévale qui consiste à soutenir tour à tour une thèse et son contraire ; elles connaissent un succès renouvelé à la Renaissance sous l'influence de l'éloge paradoxal, qui problématise le débat pro et contra en brouillant les catégories de l'éloge et du blâme, et dont le De nobilitate et praecellentia foeminei sexus (1529) d'Henri Corneille Agrippa donne la mesure de la complexité. Elles visent un champ d'application plus large que les recueils de femmes illustres en défendant l'ensemble du sexe par la louange.

  • Au coeur de ce numéro, tout d'abord un grand dossier préparé sous la direction de Nicholas Dion et s'interrogeant sur les livres anciens en sol québécois. Ces écrits du Moyen-Âge, de la Renaissance et des quelques siècles suivants constituent notre patrimoine lettré. Leur importance est capitale : « De fait, au-delà de leur contenu ou de leur valeur intrinsèque, ces imprimés anciens permettent de mieux comprendre la dynamique des transferts des savoirs entre l'Ancien et le Nouveau Monde, de manière à retracer la formation, au Québec, d'une culture à la fois littéraire et philosophique ». Quels sont-ils, et où sont-ils aujourd'hui conservés? Principalement dans les différentes institutions d'enseignement, bien entendu. Études littéraires nous dresse donc plusieurs portraits de joyaux du patrimoine livresque : bibliothèques universitaires (McGill, Sherbrooke), religieuses (Séminaire de Québec), manuscrits d'époque reculées (XVe et XVIe siècles... La revue propose également des analyses littéraires ainsi qu'une section débats où dialoguent Maxime Decout et Jean-Paul Sermain.

empty