FeniXX réédition numérique (Éditions Albin Michel)

  • Pris dans l'engrenage de la vie de Paris, un homme de trente-sept ans brusquement craque. Efforts, espoirs, ambitions, tout s'arrête devant le verdict d'un cardiologue. Stéphane est le prototype de millions d'hommes énergiques, rompus aux nécessités de la vie moderne qui les absorbe et parfois les détruit. Il n'a jamais eu le temps ni le pouvoir de prendre le recul nécessaire lui permettant de « faire le point ». Ce point, maintenant, est fait. Que va devenir Stéphane ? Sa réaction est violente ; il liquide tout et, ayant pris Paris en haine, s'enfuit vers le Pacifique dont il a toujours rêvé. Stéphane n'est pas un velléitaire, il ira jusqu'au bout des choses et cependant vivra son évasion avec une lucidité qui le différencie du simple fuyard. De Tahiti à la Nouvelle-Calédonie, jusqu'à L'ILE, c'est la condition humaine de l'évadé, ses rencontres, ses problèmes, ses découvertes et l'examen d'une conscience qui, finalement, guidera Stéphane là où il ne pouvait pas ne pas atterrir. Que la majorité des hommes ici concernés reconnaissent en Stéphane l'un des leurs, et l'auteur aura atteint son but. Un tour du monde en voilier (Expédition Moana) et un an dans les îles du Pacifique Sud, après ce voyage, devaient permettre à Bernard Gorsky de situer lieux et êtres dans un climat de vérité. Une autre expédition dans le Pacifique, en 1961, lui fournit le sujet de ce roman, Le Maillon et la Chaîne, et d'un film de long métrage tourné sur place. Il porte le même titre que le livre et sort en même temps que lui.

  • Un navigateur solitaire fait naufrage : son voilier est jeté sur un récif de la mer de Corail, l'île Surprise, éloignée de toutes lignes de navigation. Le dernier geste consacré à l'aménagement d'une case le laisse à l'inaction dans une solitude que seule peut compenser la compagnie des crabes, des pagures, des oiseaux, des tortues de mer et des serpents amphibies qui infestent les rivages. Le contenu du cotre comptait un équipement de chasse sous-marine, dont l'homme ne s'était pas encore servi. L'instinct de la chasse l'entraîne à la poursuite d'une tortue sous l'eau d'un vaste lagon qui communique avec l'océan par une passe. Dès cet instant, le principe de sa misérable condition est transformé : il peut à volonté quitter l'île pour se plonger dans un univers d'une beauté incomparable. Mais cet univers est peuplé d'êtres effrayants réputés s'attaquer à l'homme. Ainsi se noue le drame de l'homme nu, faible, inexpérimenté face aux monstres marins. L'émerveillement, toutefois, est plus fort que la peur : l'homme fasciné est pris d'une passion pour la mer telle qu'il se sent devenir créature marine. Prolongée à la limite de la résistance parmi les requins, les murènes, les barracudas, les raies ou les mérous géants dominent la jungle sous-marine, chaque immersion est la plus totale des évasions. Avec le temps, l'île se réduit à une sorte d'abstraction : grâce à la mer, l'homme lui a échappé ainsi qu'à l'inévitable dégradation qui l'y attendait. On ne peut éviter de faire le rapprochement avec Robinson Crusoé, mais, aujourd'hui, Robinson est évidemment sous-marin. C'est là sa modernité : Vendredi disparaît, remplacé par la mer tropicale. Roman ou récit ? Alors qu'il accomplissait le tour du monde de l'exploration sous-marine avec ses trois compagnons sur le yacht Moana, l'auteur se trouva devant l'île Surprise dont les fonds coralliens venaient de révéler une prodigieuse richesse animale. Un cyclone menaçait. « Quel serait le sort d'un naufragé solitaire, ici ? » songea Bernard Gorsky, qui aussitôt transposa « Quel serait MON sort ? ». Ainsi naquit le concept de Robinson sous-marin, oeuvre de fiction inspirée par la puissante réalité que vivait son auteur et un amour de la mer dont la ferveur n'a peut-être jamais été traduite avec autant d'intensité et de profondeur.

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