Benoit Denis

  • A toutes les époques, s'est manifestée chez les hommes de lettres une présence à la politique qui a pris des formes variées, constamment réinventées selon les occasions et les circonstances. Pourquoi, dès lors, la question de l'engagement a-t-elle si visiblement obsédé les écrivains du XXe siècle ? C'est que la modernité a, pour paraphraser Baudelaire, " dépolitiqué " les écrivains : l'engagement a alors cessé d'être une évidence communément ressentie et partagée. Il est devenu une ombre portée sur la littérature toute entière. Dans la foulée de la révolution d'Octobre 1917, comment concevoir une littérature absente du débat et incapable d'être en prise sur l'Histoire et le temps présent ? Mais comment aussi conserver au fait littéraire, en son principe dégagé du politique et de ses contraintes, sa spécificité et son autonomie ?
    Plus qu'une histoire politique des écrivains, ce livre cherche à comprendre comment se sont négociés, à travers l'engagement, les rapports entre littérature et champ politique.

  • On est souvent seul devant un paysage mais on peut tenter soi-même de mobiliser les connaissances dont on dispose dans différents domaines et chercher à les croiser. Lorsque l'on observe à plusieurs, chacun a sa lecture et on est surpris par la vision de l'autre. On découvre un autre point de vue. Le paysage se révèle alors plus complexe que prévu. Cette multiplicité des visions est une découverte pour qui est attentif au regard de l'autre. Le paysage semble contenir « tous les visibles de tous les voyants » (Merleau-Ponty).
    Les auteurs de ce petit guide, un géologue, un botaniste, un agronome et un enseignant agriculteur, ont croisé leurs savoirs et associé leurs compétences.

  • En mai 1944, Louis Aragon écrivait que le nom de Drancy faisait « frémir les Français les plus impassibles d'apparence ». Aujourd'hui, sur le site du camp par lequel sont passés 84 % des déportés juifs de France, une cité HLM côtoie un wagon et une statue monumentale, en vis-à-vis d'un musée-mémorial de la Shoah. Drancy a conservé en effet sa vocation initiale de logement social tout en devenant le lieu de mémoire central de la Shoah en France.
    C'est l'histoire complète de ce lieu qui est retracée dans ce livre. Elle démarre avec le projet architectural d'avant-garde des années 1930 et les « premiers gratte-ciel de la banlieue parisienne » ; elle relate le passage par ce camp improvisé des prisonniers de guerre français, puis des civils britanniques et canadiens. Elle évoque toutes les étapes administratives et policières qui ont accompagné la création puis la vie du « camp des Juifs » et le rôle des acteurs de cette triste histoire - les Allemands, les Français ; elle décrit la vie quotidienne des victimes juives, avec ses grandeurs et ses faiblesses.
    C'est l'histoire complète de ce lieu car elle dépasse les limites du camp pour en saisir la résonance au coeur des familles juives d'internés et dans toute la France ; pour y suivre, après la Libération, les suspects de collaboration ; pour en analyser les péripéties mémorielles depuis 1945.
    C'est l'histoire complète de ce lieu, enfin, car un grand nombre d'illustrations exceptionnelles accompagnent un récit fondé sur des documents largement inédits et extraordinairement émouvants.Renée Poznanski est historienne, professeur au département de Politics and Government à l'université Ben Gurion du Negev (Israël). Elle est l'auteur de Les Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale (Hachette Littératures, 1998) et Propagandes et Persécutions. La Résistance et le « problème juif » (Fayard, 2008).Denis Peschanski est historien, directeur de recherche au CNRS. Spécialiste de la France des années noires, il a publié La France des camps 1938-1946 (Gallimard, 2002) et, avec Thomas Fontaine, La Collaboration 1940-1945. Vichy, Paris, Berlin (Tallandier, 2014).Benoît Pouvreau est historien de l'architecture, chercheur au service du patrimoine culturel du département de la Seine-Saint-Denis. Il a publié Un politique en architecture : Eugène Claudius-Petit (Moniteur, 2004) et dirigé Les Graffiti du camp de Drancy. Des noms sur des murs (Snoeck, 2014). 

  • La légitimité est le capital de crédit qu'une oeuvre, un auteur, un courant reçoit de l'institution littéraire à tel moment de l'histoire. Elle se définit en fonction des valeurs littéraires en cours, doit son efficience au taux d'intérêt et de reconnaissance qu'elle suscite dans le monde social et peut se figer dans un processus de consécration, voire de canonisation. Toute oeuvre, tout auteur, tout courant se mesure à l'aune des signes de légitimité que lui renvoie l'institution littéraire à travers des instances ad hoc (qui vont de la famille à l'école, en passant par l'éditeur, la critique, les jurys, etc.). La légitimité est donc théoriquement inhérente à la production littéraire, l'oeuvre sécrétant fatalement sa valeur d'usage, d'échange et de reconnaissance. Dans l'économie de marché qui régit la production de la littérature, il se fait néanmoins que c'est le volume de légitimité qui définit la valeur littéraire : les oeuvres (les auteurs) de petite ou de faible légitimité sont celles qui sont reconnues dans leur incapacité à atteindre (ou à rivaliser avec) un niveau d'exigence d'autant plus difficile d'accès qu'il se refuse à toute définition et qu'il relève du jugement social. Au Québec, d'un artiste qui est estimé dans les sphères cultivées, on dit qu'il est « respecté » : l'expression connote tout ensemble reconnaissance, admiration, mais aussi autorité et pouvoir.La notion de légitimité a donc ses frontières. Des frontières floues, mobiles et labiles. Des frontières qui se dessinent aussi en regard de ce qu'elles rejettent ou du moins empêchent de passer. Le légitime n'a de sens qu'en fonction de ce qui ne l'est pas, ne peut l'être, ou ne pourra le devenir qu'au prix d'une reconnaissance marginale ou parallèle.

  • Quand se met en place la Ve République et que Charles de Gaulle prend le pouvoir en 1958, il apparaît aux yeux de la majorité des Français comme « l'homme providentiel », le seul capable d'éviter au pays une guerre civile sur fond de guerre d'Algérie. Inséparable en ses débuts de ce providentialisme incarné et du prestige du « Général », confondant à l'instar de son inspirateur son propre destin avec celui du pays et se percevant chargé d'une mission historique, le gaullisme offre un curieux mélange de romantisme patriotique (la France a une « âme » dont « le Général » s'est fait « une certaine idée »), de messianisme historique (l'homme du jour est, selon ses propres termes, « investi par l'histoire ») et d'autoritarisme gestionnaire (renforcement de l'autorité du président, appui sur l'armée, mise en place d'un pouvoir fort, recours direct au référendum en cas de besoin, hiérarchisation pyramidale des prises de décision). À cette base idéologique, rodée depuis la création du Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947, s'ajoute un populisme pragmatique et « bon enfant », de Gaulle s'avérant contre toute attente un remarquable show-man, habile dans l'utilisation du nouveau « média chaud » : la télévision. Mais si le gaullisme marche, et fait marcher, s'il survivra longuement à la disparition de son « lider maximo », c'est parce qu'il utilise au mieux les avantages d'une conjoncture unique et s'impose d'une manière singulière dans l'imaginaire social de l'après-guerre. Tandis que la IVe République de Vincent Auriol et de René Coty n'avait pu se dépêtrer des séquelles immédiates de la Seconde Guerre mondiale, le gaullisme est porteur d'un grand récit héroïco-épique qui rétablit la continuité historique du pays en effaçant la défaite de 1940 et en voilant l'ampleur de la collaboration sous le régime de Vichy. Marchant à la gloire et au culot, ce récit a pour fonction immédiate de renégocier la place de la France dans le monde en redéfinissant la nature et le statut de l'« universalité française » telle qu'elle s'était imposée à travers le classicisme (langue et culture) et la révolution (politique). Avec le mythe « de Gaulle » et l'héroïsation de la geste résistante se développe une nouvelle conception du « fait français », basée sur un régime de singularité : paradoxale et - pour cette raison - efficace, elle postule une curieuse universalité de la différence française, laquelle est une manière d'acter et de neutraliser autant que faire se peut le recul de la France sur l'échelle des puissances nationales. Plus ce recul se prononce, plus la singularité s'accuse et plus l'universalité se revendique. En plus de s'appuyer sur la Résistance et la Libération comme noyaux historiques de cette représentation de l'« universalité minoritaire », ce mécanisme est relayé par une large gamme de représentations corrélées : Vercingétorix est bientôt tenu pour le premier résistant de l'histoire de France et Jeanne d'Arc pour la première héroïne de la Libération. « Au fond, la France éternelle n'avait jamais accepté la défaite », résume Eric Hobsbawm dans son bel ouvrage de synthèse sur l'histoire européenne[1] ; c'est là une représentation forgée par le gaullisme, fondée sur le développement permanent de l'oxymore « souffrante, mais éternelle » et basée sur l'exaltation d'un héroïsme doux aux oreilles de la nation.

  • Cet été, le magazine Continuité vous invite à « Boire du pays ». Les microbrasseries et microdistilleries d'ici, de plus en plus nombreuses, suscitent un vif engouement. Plusieurs de ces entreprises ancrent leurs produits dans le passé et le terroir de leur coin de pays. Histoire et héritage collectif deviennent alors des attraits, des sources d'inspiration, voire des repères identitaires pour des projets actuels. Le dossier de ce numéro s'intéresse à la production et à la consommation des boissons alcooliques à travers le temps, à la mise en valeur de certains lieux qui témoignent de la prohibition ainsi qu'au collectionnement d'objets racontant l'épopée de la bière au Québec. Également au sommaire, la restauration de la croix de procession de Mgr Laval, les travaux effectués sur le décor peint par Napoléon Bourassa pour la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, la remise à neuf d'un vitrail de l'église Ste-Agnès à Lac-Mégantic et les difficultés liées à l'assurance habitation pour les propriétaires de maisons anciennes. (Source : Continuité)

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