Anthony Feneuil

  • Aurais-je pu vivre une autre vie que la mienne ? Aurais-je pu m'appeler autrement, vivre dans un autre pays ? Après tout, je suis ce que je suis et si j'avais été quelqu'un d'autre, je n'aurais justement pas été moi. Ces questions considérées comme la source de faux problèmes n'ont pas bonne presse en métaphysique. Avoir plusieurs vies possibles, c'est exister dans plusieurs mondes possibles. Mais un individu à cheval sur plusieurs mondes possibles n'existe dans aucun entièrement : il est donc, à strictement parler un individu impossible. Mais peut-on, et doit-on renoncer à suivre cet individu impossible ? Ce livre fait le pari qu'il a bien quelque chose à nous apprendre sur ce que veut dire être soi.

    /> Anthony Feneuil laisse résonner cette question des vies possibles. Retravaillant la conception chez Locke de la conscience comme pouvoir de (se) fictionnaliser, il montre les limites des conceptions métaphysiques de la personne. La sortie du champ philosophique, par le cinéma et la théologie, relance la réflexion et suscite une question d'éthique fondamentale : jusqu'où s'étend le concept de personne ? Quels êtres peuvent y prétendre et devenir ainsi l'objet de notre considération éthique ? Le cinéma de Rohmer et la théologie eucharistique présentent tous deux des manières de mettre en scène l'individu impossible, dont la philosophie peut se nourrir pour essayer de le penser.

    Une échappée hors du questionnement philosophique traditionnel. Et si l'individu impossible avait quelque chose à dire de nous...

  • Le fanatique est souvent la mauvaise conscience des croyants  : lui, au moins, ne doute pas. On condamne peut-être son impatience ou son intolérance, mais plus rarement sa certitude. Bien sûr, le doute est parfois valorisé comme nécessaire à la fortification ou à la purification de la foi. Peut-on aller plus loin et dire que le doute structure la foi de l'intérieur  ? Dans ce cas, il n'y aurait pas seulement une croyance religieuse, mais également un doute religieux. Se pourrait-il alors que la personne la plus religieuse ne soit pas celle qui croit le plus  ?
    C'est cette hypothèse qu'explore ce livre  : l'évidence de Dieu, qui structure la vie de celles et ceux qu'on appelle des croyants, est caractérisée en premier lieu par le doute et non par la certitude. Que croire religieusement en Dieu, c'est d'abord douter.
    En prenant au sérieux cette hypothèse, Anthony Feneuil développe un modèle conceptuel de la foi à première vue surprenant, mais dont il montre qu'il traverse la tradition chrétienne, et tire quelques conséquences pour la compréhension contemporaine de la foi et le refus qu'elle implique de trop croire à ses propres croyances.
     

  • Dans son dernier livre, Les Deux Sources de la morale et de la religion, Bergson fait une proposition décisive : « introduire la mystique en philosophie, comme procédé de recherche philosophique ». Mais comment la philosophie peut-elle s'approprier le discours mystique sans le dénaturer ni se perdre en lui ? Pour le comprendre, cet ouvrage déploie la philosophie bergsonienne de la religion et surtout la manière dont l'introduction de la mystique en philosophie travaille les concepts philosophiques, et change la nature de la philosophie. C'est qu'une connaissance de Dieu via la mystique ne saurait être qu'une connaissance personnelle. Et au prix de quels remaniements du concept de personne une philosophie digne de ce nom pourrait-elle en même temps être personnelle ?

  • Extrait

    Introduction.– Vers une philosophie des approches empiriques des religions
    Chapitre 1.— L’inexpérience de la foi
    Première Partie.– L’Expérience en religion
    Statut et rôle de l’expérience en religion
    I.– Discours religieux et expérience : configurations contemporaines
    Chapitre 2.– Religion naturelle, philosophie de la religion et déconstruction du religieux hérité
    Chapitre 3.– Une approche résolument empirique du théisme : Richard Swinburne et « l’argument tiré de l’expérience religieuse »
    II.– La mystique : point de rencontre et de tension du religieux et de l’expérience
    Chapitre 4.– Abidhiktananda et « l’expérience du fond » advaïtin
    Chapitre 5.– L’expérience religieuse de María de Cazalla (1487-1534 ?) : une femme, une laïque, une judéoconverse espagnole ou le christianisme au risque de la foi
    /> Chapitre 6.– Connaissance philosophique et expérience mystique : question de méthode
    Deuxième Partie.– L’Étude empirique des religions
    Objets, méthodes, problèmes des sciences empiriques des religions
    I.– Histoire et religions
    Chapitre 7.– Coran et histoire : les ambiguïtés d’un jeu de miroir
    II.– L’homme social et l’homme religieux
    Chapitre 8.– L’approche sociologique des religions : une réduction de son objet ou une compréhension objectivante de celui-ci ?
    Chapitre 9.– Le croyant, la divinité et l’anthropologie
    III.– La question du naturalisme
    Chapitre 10.– Vers une naturalisation des croyances religieuses : contenu
    et autorité des représentations religieuses à la lumière des expériences de la psychologie cognitive
    Troisième Partie.– L’Approche empirique en débat
    Phénoménologie et objectivation de l’expérience religieuse
    Chapitre 11.– Expérience phénoménologique et expérience religieuse : l’ouverture d’un débat
    Chapitre 12.– Objectiver le vécu. Réponse à Emmanuel Falque
    Bibliographie raisonnée
    Index nominum
    Présentation des auteurs



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