Lire en temps de confinement avec Anne Lécu

En quoi la littérature est elle aujourd’hui un recours ?

Je crois que lire en temps de confinement peut être un recours quand on va bien. C’est beaucoup plus difficile pour ceux qui sont en situation plus précaire, ou plus vulnérable. Néanmoins, je crois qu’il ne faut pas avoir honte de lire policiers ou romans de gare par les temps qui courent. 

La lecture, une consolation ou une nécessité ?

N’ayons pas peur de parler de plaisir avant tout. Il y a mille manières de lire : écouter un livre audio en travaillant de ses mains, par exemple, lire une BD, tout cela c’est lire. Lire à voix haute des poèmes aussi. Fabrice Luchini récite sur Twitter des fables de La Fontaine, c’est fabuleux ! Alors oui, la lecture peut être une consolation, je ne sais si elle est une nécessité, mais je crois que c’est d’abord un plaisir. Néanmoins, je crois que c’est aussi un luxe. Un luxe à portée de main sans doute, mais il faut un tout petit peu de « temps de cerveau disponible » pour ce faire. 

 

 Quels livres vous accompagnent depuis toujours?

 Beaucoup de livres que j’espère lire un jour. Il y a dans ma bibliothèque en attente d’être lus des textes de la tradition orientale, la Philocalie, des textes du psychiatres comme Racamier ou Lacan pour mieux comprendre les phénomènes d’emprise, de grands auteurs spirituels que j’aime à avoir à côté de moi, Jean de la Croix, Surin, Thérèse d’Avila et puis les livres que je « dois » lire, mais qui attendent car je n’en ai pas envie… Curieusement, j’ai désormais du mal à lire des romans, sauf s’ils sont exceptionnels. 

 

Quel livre aimez-vous relire ? 

 Dostoievski, Les frères Karamatzov. De la poésie, comme celle de René Guy Cadou, Supervielle, Jaccottet. Et des choses légères, comme les aventures du Mouron Rouge. Enfin, les textes bibliques dans des traductions différentes, comme celle de soeur Jeanne d’Arc.

 Quel livre vous a donné envie d'écrire ? 

Je ne sais pas trop, mais sans doute les poètes. Aujourd’hui rien ne me donne plus envie d’écrire que de lire quelqu’un qui par une image ou une trouvaille m’emmène au delà de ce que j’imaginais possible. Et puis quelqu’un comme Maurice Bellet m’a vraiment donné à comprendre qu’écrire c’est comme prêcher, c’est donner la parole : donner des mots à d’autres pour qu’ils puissent dire avec ces mots leur propre expérience. 

Quel est le livre que vous vous promettez de lire un jour?

Un jour, j’aimerais écrire de la poésie… Mais ce n’est pas encore pour tout de suite, et nul ne sais si ce sera possible un jour. Car la poésie est un cadeau qui est fait au poète et en même temps beaucoup de travail, comme la danse. Enfin, il faut une épaisseur d’âme ou d’être, une certaine qualité de présence au monde, aux êtres et à soi-même que je n’ai pas encore...

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